Ma méthode d'écriture

Ma méthode d'écriture

yann taurin

Lorsque j’écris, je ne m’appuie pas sur une méthode rigide ou sur un cadre prédéfini, mais sur un mouvement naturel qui oscille entre la liberté d’explorer et la nécessité d’organiser.

Avec le temps, j’ai compris que mon écriture fonctionne comme un processus vivant, qui s’adapte aux idées, s’affine au fil des pages, et se structure progressivement.

Cette manière d’avancer me permet de laisser émerger l’intuition tout en conservant une cohérence solide, indispensable pour un univers fondé sur les cultures, les récits, les gestes et les paysages.

 

Une méthode hybride : l’équilibre entre spontanéité et structure

Je commence toujours par accorder une place entière à l’instinct. Les premières pages sont souvent des ébauches un peu brutes, où je laisse les idées se déposer sans chercher à les organiser ni à les justifier. Dans ces moments-là, l’objectif n’est pas de produire un texte achevé, mais de capter l’élan, l’image initiale, la sensation qui pourrait devenir un chapitre, un personnage, ou même la base d’une tradition culturelle.

Une fois cette matière posée, je bascule dans une phase plus analytique où je relis ce que j’ai écrit pour en dégager les lignes directrices et comprendre ce que l’intuition tentait de formuler. C’est à ce moment-là que les idées commencent à prendre forme et que la structure apparaît progressivement, sans jamais étouffer la spontanéité du début.
Cette alternance me permet d’éviter les deux écueils habituels : l’écriture trop dispersée et la construction trop rigide.

 

1. Le jet libre : écrire sans se freiner pour clarifier l’idée

Le premier jet est une exploration. Je ne cherche pas à produire un texte cohérent ni parfaitement formulé ; je veux avant tout identifier ce qui se trouve derrière l’envie d’écrire cette scène ou ce passage.

C’est une étape où je me permets les phrases longues, les enchaînements rapides, les images qui se succèdent sans filtre, car elles me révèlent davantage la direction réelle du texte que n'importe quel plan prématuré.

Je considère ce jet libre comme un terrain d’essai : un endroit où je peux tester une ambiance, un dialogue, une logique culturelle ou un détail visuel sans me soucier de sa place définitive. C’est dans ces premières pages que surgissent les intuitions les plus fortes, celles qui guideront la suite du travail.

 

2. Le retour analytique : prendre du recul pour donner du sens

Lorsque l’intuition a fait son travail, je laisse reposer le texte avant d’y revenir avec un regard plus calme et plus lucide. Cette distance me permet de comprendre ce que j’ai réellement voulu dire et de repérer les éléments porteurs : une idée qui mérite d’être approfondie, une connexion culturelle encore implicite, une dynamique narrative qui commence à se dessiner.

Pendant cette phase, je prends de nombreuses notes, non pour multiplier les couches d’explications, mais pour clarifier l’intention de chaque passage. Je cherche à comprendre quelles sont les idées essentielles, comment elles s’articulent, et ce qu’elles exigent pour devenir solides.

Ce travail analytique n’est pas un frein à la créativité : il permet au contraire de renforcer ce qui fonctionne et d’éliminer ce qui parasite le propos.

 

3. La réécriture : transformer la matière brute en texte construit

La réécriture est l’étape où tout se transforme. J’y travaille longuement, car c’est à ce moment que les idées se précisent, que les incohérences disparaissent, et que les liens entre les cultures, les personnages, les paysages et les thèmes commencent à se tisser avec netteté.

Je reformule, j’ajuste, je condense ou j’élargis selon les besoins. Je vérifie que chaque élément culturel est justifié, que les décisions des personnages reposent sur une logique claire, que les mythes, les gestes et les croyances occupent leur place de manière naturelle.

C’est un travail minutieux mais essentiel, car c’est lui qui donne au texte sa densité et son unité. La réécriture n’est pas une correction : c’est une construction. Elle permet à l’univers d’acquérir sa cohérence interne et au récit de trouver sa véritable direction.

 

Travailler par séquences longues : un rythme qui favorise l’immersion

J’ai besoin d’écrire dans des plages de temps suffisamment longues pour m’immerger pleinement dans l’univers. Les sessions courtes m’obligent à redémarrer sans cesse, alors que les sessions plus longues me permettent d’entrer profondément dans la logique du texte, de percevoir ses nuances, et de maintenir une continuité fluide entre les scènes.

Ces blocs prolongés favorisent aussi une forme de concentration stable, où les idées s’enchaînent naturellement, où les cultures se développent avec plus de précision, et où les personnages gagnent en cohérence. Je préfère donc avancer par grandes respirations plutôt que par petites touches dispersées.

En parallèle, je respecte également les temps de pause. Ils ne sont jamais improductifs : ils permettent aux idées de mûrir en arrière-plan et me donnent souvent un regard neuf lorsque je reviens au texte.

 

La cohérence : l’armature invisible de l’univers

Même lorsque l’écriture est instinctive, je veille à préserver une cohérence générale qui relie tous les éléments de l’univers. Dans un projet fondé sur les cultures, les rites, les récits et les mémoires, cette cohérence est indispensable pour donner une impression d’ensemble solide.

Je m’assure donc que les thèmes majeurs — le Souffle, la transmission, l’histoire des peuples, le rôle des paysages — reviennent naturellement et s’entrelacent de manière cohérente, sans jamais devenir répétitifs. Chaque scène doit avoir un rôle, même discret, dans cette architecture globale.

Cette cohérence n’est pas une contrainte : c’est elle qui permet à l’univers de rester lisible et crédible, tout en laissant de l’espace à l’imprévu et à l’évolution.

 

Ma méthode n’est pas un protocole, mais un équilibre en mouvement permanent. Elle repose sur une alternance entre l’intuition qui ouvre la voie, l’analyse qui organise les idées, et la réécriture qui leur donne une forme définitive. Ce processus vivant me permet de construire un univers qui garde sa fraîcheur tout en gagnant en profondeur.

Écrire, pour moi, consiste à avancer pas à pas, en respectant le rythme des idées, en donnant du temps au texte, et en cherchant toujours la version la plus claire et la plus juste de ce que j’essaie de raconter.

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