Extrait

Prologue

Un tambour résonna au loin. Dans le cœur de chacun, quelque chose répondit. Les désirs d’évasion battent en nous comme un cœur ancien. Leur source ? Un silence profond, trop ancien pour avoir un nom. Cinq jeunes, issus de milieux différents, s’apprêtent à s’envoler pour Tahiti. Vacances, surf, photographies : rien de plus ordinaire, semble-t-il. Pourtant, l’île ne se contente pas d’être contemplée; elle exerce une fascination, un pouvoir de séduction.

Nico, Maëva, Noé, Élise et Kael ont vingt ans. Ils rient fort, mais cachent des doutes. Une chose, pourtant, en eux reste ouverte — accueillante. Pourquoi? Ils ne le savent pas encore. Bientôt, leurs nuits seront traversées de rêves étranges, de chuchotements, de mélodies hypnotiques qui laisseront sur leur peau la trace d’un autre monde. Peu à peu, ce qui semblait être une aventure ordinaire deviendra une épreuve rituelle.

Les tatouages, les danses, les chants, les étoffes ornées de symboles anciens sont des moyens de transmission — un savoir gravé non dans les livres, mais dans le corps, le geste et la voix. Gabriel, jeune chercheur en quête de sens, pensait seulement observer. Il deviendra un lien, un passeur — celui qui tente de rétablir le contact avec ce qui était séparé.

Ce premier volume, Le Souffle des Anciens, n’est pas un roman au sens classique. C’est une aventure : celle que les jeunes ont le pouvoir de transmettre les souvenirs. C’est aussi une invitation : prêter attention aux pierres, tendre l’oreille, percevoir les chuchotements du vent. Cette histoire est pleine d’indices, de secrets, de rencontres imprévues. Elle défend une idée audacieuse : les mythes ne sont pas disparus. Ils sommeillent — prêts à être éveillés.

Sachez seulement qu’il y a toujours un prix à payer pour une aventure. Chaque légende réclame son dû. Ce livre s’adresse à celles et ceux qui cherchent un sens profond, loin des clichés. Il tend la main à qui veut bien s’y engager, pour découvrir la culture tahitienne à travers la mémoire des anciens.

 

 CHAPITRE 1 - Le ciel fendu

Paris, le 8 novembre 2024, 11 h 46


Gabriel se dirigea vers le quai Branly, sans savoir vraiment où il allait. Dès qu’il entra dans le bâtiment, il fut accueilli par une chaleur étouffante et une obscurité envoûtante. Les vitrines scintillaient dans l’ombre, dévoilant les trésors cachés derrière leur verre. Il s’engagea dans les allées consacrées aux continents africain, asiatique et océanien, comme s’il pénétrait dans un songe.
Un tapa polynésien l’arrêta : une étoffe d’écorce battue, couverte de signes anciens, de spirales et d’oiseaux. Il ne savait pas les lire, mais il sentit qu’ils le fixaient. Il s’approcha, front presque posé contre la vitre froide. Dans le reflet, un visage : une femme, polynésienne, immobile. Leurs regards se croisèrent — nets, sans distance, Gabriel a un sursaut. La vitre vibra sous sa main. Quand il se retourna, la salle était vide. Un silence lourd retomba, l’air s’était retiré du lieu. Les vitres, les masques, les ombres : tout semblait le regarder sans le voir. Il eut l’impression d’être celui qu’on observait, et non l’inverse.