Quand j’ai écrit mes premières notes sur ce qui deviendrait Les Chroniques du Monde, je n’avais aucune idée de l’ampleur future du projet. Tout a commencé par un simple carnet — l’un de ceux que j’utilisais durant mes études d’histoire. J’y consignais des observations, des détails de terrain, des traditions locales, des paysages, des mots en occitan, des bribes de discussions entendues dans les villages. Cette habitude de documenter la mémoire du territoire, je l’ai notamment développée à travers mes articles publiés dans le journal Patrimòni, où j’explorais l’histoire, les pratiques et les héritages du Midi.
Ces racines locales ont façonné ma manière de comprendre le monde : en partant toujours du vivant, des gestes, de la transmission. Je ne savais pas encore que ce même regard allait bientôt traverser les océans.
🌺 Tahiti : le terrain qui a tout déclenché (Mémoire de recherche 2022–2023)

En 2022–2023, dans le cadre de mon mémoire de recherche en Master 1, je me suis rendu en Polynésie française. Ce travail universitaire m’a plongé au cœur de Tahiti : archives, observations, entretiens, rencontres. J’y ai découvert une culture où chaque geste, chaque chant, chaque récit s’inscrit dans un équilibre subtil entre tradition et modernité.
Le lien humain a été déterminant. Mes amis tahitiens, par leurs récits et leur générosité, m’ont ouvert les portes de leur univers symbolique. Ces échanges ont donné naissance à ce qui devait être, au départ, une simple œuvre littéraire : la Trilogie Polynésienne (premier cycle de Les Chroniques des Archipels).
Cette trilogie devait être l’unique projet. Trois romans inspirés directement de mon terrain d’étude. Rien de plus. Mais quelque chose a changé au cours de la recherche.
Quand deux territoires se répondent : Polynésie et Occitanie

Ce qui m’a frappé, c’est la façon dont la Polynésie m’a renvoyé à ma propre terre : l’Occitanie. Le rapport au territoire, l’importance des gestes hérités, les récits transmis, tout cela résonnait étonnamment avec mes travaux sur le Midi, mes lectures, mes enquêtes, et mes écrits pour Patrimòni.
D’un côté : les îles, le mana, la navigation, la relation au vent. De l’autre : les collines, les pierres, la mémoire des villages, le souffle du Midi. Deux mondes éloignés… mais une même logique culturelle. Un même besoin de raconter, de transmettre, de relier. Cette prise de conscience a servi de révélateur. Elle a ouvert la voie à une idée beaucoup plus large : relier les cultures du monde non pas par l’exotisme, mais par leurs structures symboliques communes.
L’élargissement du projet : du Souffle aux Archipels, puis au monde entier
Après Tahiti et l’Occitanie, d’autres cultures se sont imposées naturellement :
l’Égypte antique, les royaumes africains, les traditions amérindiennes, les mythes asiatiques, les sagas celtes et vikings, les îles du monde, l’Océan Indien, les Caraïbes, l’Atlantique Nord…
Chacune de ces civilisations portait un lien avec les précédentes : un rapport à la mémoire, aux ancêtres, aux éléments, au souffle vital.
Progressivement, l’univers littéraire s’est structuré en trois grands ensembles :
- Les Chroniques du Souffle (vision mondiale, mythologique, transversale)
- Les Chroniques des Archipels (Polynésie + îles du monde, navigation, mythes marins)
- Les Chroniques du Midi (Occitanie, patrimoine, lumière du Sud, transmission familiale)
Ce n’était plus un simple ensemble de fictions. C’était une architecture culturelle fondée sur l’histoire, la recherche, la rencontre et l’observation.
✒️ Ce que raconte vraiment Les Chroniques du Monde
Au-delà des intrigues, des péripéties, des voyages et des civilisations, Les Chroniques du Monde poursuivent un objectif simple : faire exister les cultures par le récit.
Le Souffle, au cœur du projet, symbolise ce qui nous relie : les gestes transmis, les croyances, les mythes, les langues, les mémoires. Chaque cycle est une exploration de cette idée : la culture comme un souffle continu, porté d’un peuple à l’autre. C’est une manière de dire que rien n’existe seul, qu’un mythe répond à un autre, qu’une histoire se tisse toujours dans un réseau plus vaste. À travers les personnages, les luttes et les rencontres, le Souffle devient une métaphore vivante de ce que nous partageons, volontairement ou non, lorsque nous cherchons à comprendre le monde qui nous entoure.
Cet univers n’est donc pas seulement une aventure : c’est une invitation à percevoir la diversité comme un héritage commun, à regarder les cultures non pas comme des curiosités lointaines, mais comme des miroirs qui nous révèlent à nous-mêmes.
L’origine profonde : un désir de connaissance et de transmission
Si cet univers existe aujourd’hui, c’est parce qu’il découle d’un double attachement : comprendre les cultures que j’ai étudiées en tant qu’historien et transmettre ce qu’elles révèlent sur notre humanité.
Ce n’est pas un projet né de l’imagination seule, mais d’années de recherche sur le terrain, de rencontres, de lectures, de notes accumulées, d’articles écrits sur le patrimoine local, et d’un désir constant de relier les mondes. Au fil du temps, ces fragments se sont assemblés, comme les pièces d’un récit plus vaste qui demandait à être écrit. Chaque découverte, chaque conversation, chaque archive dépoussiérée a contribué à donner de la chair à cet univers.
Voilà la véritable histoire cachée de Les Chroniques du Monde. Un univers né entre deux territoires, deux souffles, deux fidélités : celle de Tahiti, et celle du Midi. Entre ces deux ancrages s’est formée une vision : raconter comment les cultures dialoguent, comment elles se répondent, et comment, en les écoutant, on peut mieux saisir ce qui nous unit au-delà des distances et du temps.